Bestiarium

Anthophila
2018
Broderie et peinture sur coton
32 x 34,5cm

Prix des Amis du Musée 2019

Canis lupus familiaris
2018
Broderie et peinture sur coton
43 x 31cm

Prix des Amis du Musée 2019

Rhinoceratidae Sana Jaafar_edited.jpg

Rhinoceratidae
2018
Broderie et peinture sur coton
30 x 29cm

Prix des Amis du Musée 2019

Loxodonta cyclotis
2018
Broderie et peinture sur coton
40 x 45cm

bos taurus sana jaafar_edited.jpg

Bos taurus
2018
Broderie et peinture sur coton
30 x 20,5cm

Oncorhychus nerka
2018
Broderie et peinture sur coton
38 x 36,5cm

ovis aries_edited.jpg

Ovis aries
2018
Broderie et peinture sur coton
41,5 x 26cm

carcharhinus leucas_edited.jpg

Carcharhinus leucas
2018
Broderie et peinture sur coton
41 x 27cm

sus scrofa_edited.jpg

Sus scrofa domesticus
2018
Broderie et peinture sur coton
32,5 x 23,5cm

                          «Ah quel grand crime d’être vivant par la mort d’un autre être vivant»
                                                                                Ovide - Les Métamorphoses

 


  L’utilisation des animaux à des fins moralisatrices et, plus globalement, allégoriques, est une constante de l’histoire de l’art. Les bisons et équidés de l’art pariétal, les divinités égyptiennes, les dragons bibliques, le Jardin des Délices de Jérome Bosch, le Portrait aux poissons et coquillages d’Arcimboldo, jusqu’aux formols de Damien Hirst et aux cochons tatoués de Wim Delvoye, toujours l’animal s’est vu représenté, instrumentalisé, mué en support de pensée, en formes, en matières.


  Il s’opère dans la série Bestiaire de Sana Jaafar comme un renversement de l’anthropomorphisme à l’oeuvre dans les sociétés humaines : il ne s’agirait plus d’humaniser l’animal, mais d’animaliser l’humain.


  Des visages humains — toujours des autoportraits — sont esquissés, tracés par la broderie, dans une expression de surprise ou de douleur, tandis que de leur bouche-gueule s’échappent (ou s’infiltrent ?) des portions de corps animaux. Ces morceaux vivants, auxquels la peinture rend la texture et le détail dont sont privés les visages, convoquent les notions de corps étranger, de greffon, d’intrusion, d’enfantement et d’expulsion, ils viennent percuter la rationalité des échelles et génèrent un trouble proche du grotesque — notons que s’il qualifie aujourd’hui ce qui semble bizarre et teinté d’effroi, ce mot désigne à l’origine les peintures ornant la Domus Aurea de l’empereur Néron, peintures contenant de nombreuses chimères mêlant figures humaines et animales.


  De là peut se déployer une réflexion, c’est à dire un acte de pensée autant qu’une mise en reflet, autour de l’axiome on est ce que l’on mange (soit, fatalement, des animaux), et donc autour des enjeux philosophiques et sociétaux que sont l’alimentation, l’exploitation et l’industrie du vivant, le spécisme, la société de consommation.


  Dans le même ordre d’idée, on pense à ce que disait Magritte de son tableau Le Modèle Rouge, représentation hybride d’une paire de bottes en cuir et de pieds humains : « Le problème des souliers démontre combien les choses les plus barbares passent, par la force de l’habitude, pour être tout à fait convenables. On ressent, grâce au Modèle rouge, que l’union d’un pied humain et d’un soulier en cuir relève en réalité d’une coutume monstrueuse. »

                                                                                      Texte: Benoit Baudinat.