Elles

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Elle 2
2018
Broderie et feutre sur coton
60,5 x 33cm

Collection Alain Le Provost

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Elles
2017
Broderie et feutre sur coton
45 x 42cm

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Lui 1
2017
Broderie et feutre sur coton
50 x 48cm

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Elle 3
2017
Broderie et feutre sur coton
43 x 30cm

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Elle 4
2017
Broderie et feutre sur coton
41 x 41cm

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Elle 1
2017
Broderie et feutre sur coton
59 x 46cm

  Reproductions épurées d’images de corps glanées dans des reportages, chaînes
youtube et sites web divers, sur lesquelles vient se substituer — s’hybrider — le visage
de l’artiste, la série Elles semble s’inscrire dans l’exercice de l’autoportrait autant qu’elle
s’en écarte par le renversement des règles du jeu.


  Des corps, des corps des autres, et des autoportraits. Des corps autres, des organes
autres, et pourtant tout, ou presque, est identique. C’est dans la marge de ce presque
que s’inscrivent, en creux et en bosses, les enjeux du travail. Même nombre de
membres, ou presque. Même chimie, ou presque. Mêmes textures, ou presque.
Même architecture interne, ou presque. Mêmes enjeux, mêmes discours, mêmes
performances, ou presque.


  Ce qui semble lier ces corps, c’est d’une part le visage qui les incarne, toujours le
même, et d’autre part le regard que posent sur eux la société et la science. La sentence
est unanime : corps obèses.


  Le travail est ici en équilibre, entre le respect pour ces corps que l’artiste emprunte, et le
propos développé : critique du culte du corps, de son objectification, de sa mise aux
normes, de la grossophobie que notre société entretient tandis qu’elle adoube tous
les moyens d’expansion de la maladie et de la souffrance (nourriture falsifiée, stress,
culpabilité, discrimination, etc).


  Le spectateur, lui aussi, se trouve en équilibre. Entre la délicatesse d’un travail de
broderie — qui ne s’intéresse qu’aux organes, à la dentelle des chairs, qui sont les
premières atteintes, viscéralement, par la douleur — et la crudité de l’image, qui ellemême
navigue entre le malaise (celle d’un voyeur surpris) et le sentiment esthétique
(celui de la volupté, du nu dans l’histoire de l’art, d’un éloge de la beauté du corps dans
tous ses possibles).


  L’origine même de ces images de corps, souvent capturées dans des vidéos, des
documentaires ou des vlogs, interpelle sur la société du spectacle qui est la nôtre
(théorisée et anticipée avec une terrifiante précision par Debord), où la mise en scène
de soi maquille le désarroi du quotidien, où l’existence est une représentation, et où le
vide du coeur fait le plein de followers.

Texte: Benoit Baudinat.